Une remarquable diversité contrastée

« L’infinie diversité s’évoque ou se raconte ou est illustrée ailleurs, mais elle ne se dit qu’au poème. Pourquoi ? Parce que la parole poétique éclate dans l’inlassable éblouissement du ressouvenir des terres qui s’effondrent, elle s’alentit aux ombrages des forêts qui font en même temps caverne et lumière, dehors dedans. Le poème ainsi envahit la clarté dans l’obscur, recommençant le geste des temps premiers. Il est (il chante) le détail, et il annonce la totalité. Mais c’est totalité des différences, qui jamais n’est impérieuse ».

Edouard Glissant, les entretiens de Bâton Rouge, Gallimard 2008
« Pour ces derniers (les Caraïbes), les îles n’étaient pas des isolats, mais les pôles d’un séjour archipélique au long duquel, de rivage en rivage, au gré des événements, des fêtes et des alliances, ils naviguaient sans cesse. Leur espace englobait l’archipel et touchait aux lèvres continentales. Pour eux, la mer liait, et reliait, précipitait en relations. Le colon européen lui, se barricade dans l’île : rival des autres fauves colonialistes, il élève des remparts, dessine des frontières, des couleurs nationales, il divise, s’enracine, confère force religieuse à son enracinement : il crée un Territoire. (…) L’acceptation amérindienne, elle, c’est d’abord l’œuvre éclatée des îles avec la mer comme un derme vivant : qui rallie relaye relie. »

Patrick Chamoiseau – Ecrire en pays dominé – Gallimard 1997.

La Martinique, l’archipel Caraïbe et le continent Américain.

1100 km2


La Martinique est si petite que, sur la carte du globe, elle apparaît à peine. Il faut attentivement s’y pencher pour y voir le minuscule point qui la représente, sagement aligné dans l’arc des petites Caraïbes, entre la Dominique au nord et Sainte-Lucie au sud.

En parcourant une superficie aussi restreinte – 70 km de long pour 12 à 30 km de large -, il est stupéfiant de découvrir des paysages non seulement divers mais très contrastés :

  • des montagnes ruisselantes de forêts humides nimbées dans les nuages… et des quasi-déserts de sable écrasés de soleil ;
  • des plages de sable blanc alanguies à l’ombre des cocotiers… et d’autres de sables noirs prises entre des caps rocheux ;
  • des plaines opulentes exclusivement agricoles… et des mornes accidentés spectaculairement habités ;
  • des villes grimpant à l’assaut des pentes… et des villages de pêcheurs blottis dans des baies ;
  • des caps audacieusement avancés dans l’océan agité… et des anses protégées, frangées de mangroves immobiles ;
  • de hautes falaises qui tombent abruptement dans la mer… et des poussières d’îlots qui complexifient les rivages ;
  • de grandes étendues homogènes nappées de bananiers ou de canne à sucre … et d’autres aux cultures variées, habillées d’un manteau d’Arlequin ;
  • des canyons profonds sauvagement entaillés dans les pentes… et des collines rondes modelées en souplesse par les eaux.

Des montagnes ruisselantes de forêts humides nimbées dans les nuages… et des quasi-déserts de sable écrasés de soleil.

Des plaines opulentes exclusivement agricoles… et des mornes accidentés spectaculairement habités.

Des villes grimpant à l’assaut des pentes… et des villages de pêcheurs blottis dans des baies.

Des caps audacieusement avancés dans l’océan agité… et des anses protégées, frangées de mangroves immobiles.

De hautes falaises qui tombent abruptement dans la mer… et des poussières d’îlots qui complexifient les rivages.

Les grandes cultures sur la plaine littorale, ici vers Petite-Rivière, entre La Trinité et Sainte-Marie

Des canyons profonds sauvagement entaillés dans les pentes… et des collines rondes modelées en souplesse par les eaux.

Les cultures et les pâtures, qui s’organisent précisément par rapport à la pente et à l’exposition du vallon, dessinant un paysage soigneusement composé et de qualité. Vers Bois Lézards (Gros Morne).

Cette surprenante diversité contrastée est une valeur première et fondatrice de la Martinique. Elle rend la Martinique plus grande qu’elle n’est en réalité. Aux yeux des habitants, il est appréciable d’y vivre en sachant que l’on peut changer de monde en quelques minutes, sans être obligé de quitter l’île pour aller voir ailleurs. Aux yeux des visiteurs, elle enrichit l’île et contribue à la rendre belle et séduisante, attirante même en venant de loin.

On le verra, cette diversité contrastée est liée à des dispositions à la fois naturelles et culturelles, géographiques et historiques, expliquées dans la partie « Fondements des paysages » du présent Atlas. Mais auparavant, il convient de présenter cette diversité de façon ordonnée, pour qu’un regard partagé émerge dans la reconnaissance générale des paysages Martiniquais. Comment s’organise cette diversité sur le territoire Martiniquais ? Comment s’agencent ces fragments d’aperçus épars évoqués ci-dessus ? Comment se compose le kaléidoscope de ses paysages ? Combien de paysages peut-on identifier ? Où commencent les uns et où finissent les autres ? C’est à ces questions que répond cette première partie ; une forme d’ouverture aux paysages de la Martinique par la reconnaissance de leurs variations, jusqu’à aboutir à une cartographie des paysages organisés en unités distinctes.