Risques et problèmes

6.1. Une dégradation écologique aux répercussions paysagères


« Aliénés, nous oublions que notre pays Martinique est fragile et que nous ne pouvons pas imiter sans risques les méthodes de production, de consommation des grandes espaces. (…)

Je suis malade de voir nos paysages malmenés, secoués, déconsidérés. Lorsqu’on me dit que pour produire de la banane, il faut aller sur les crêtes en risquant d’accélérer le ruissellement, d’appauvrir les sols.....On remblaye les mangroves, on les considère comme des dépotoirs.... c’est triste. »

Garcin Malsa, maire de Sainte-Anne – La Mouïna n° 5, CAUE juin 2009

Problème de remblai dans la mangrove (Le Lamentin).

Les pesticides

D’après le SDAGE, la pression polluante des produits phytosanitaires devrait diminuer au

cours des prochaines années du fait d’une utilisation plus raisonnée de ces produits.

En revanche, la rémanence de certaines molécules utilisées antérieurement (tel que

le chlordécone encore présent dans les sols et dans les milieux aquatiques, notamment au nord-est de la Martinique), génère des contraintes d’utilisation agricoles des sols

Avec au moins 1/3 de la SAU concernée par le problème du chlordécone à plus ou moins haute dose, beaucoup d’agriculteurs se sont vus interdits de pratiquer leurs spéculations de prédilection (tubercules, bulbes,…) sur leurs parcelles. Certains désemparés ont carrément abandonné l’exploitation par dépit. Un nombre important de ces propriétés est devenu de la friche. Certains abandons pourraient localement conduire à justifier des extensions d’urbanisation même inopportunes.

L’hypersédimentation

’L’érosion des sols et les transports solides vers le milieu marin, les mauvaises pratiques culturales, les carrières de granulats, les nombreux travaux de terrassement sur les côtes, la destruction massive des mangroves (zones de décantation et de filtration entre la terre et la mer), sont à l’origine d’une dégradation générale de la limpidité des eaux côtières et d’un phénomène d’hypersédimentation au niveau des écosystèmes marins côtiers.

La mangrove, considérée souvent comme faisant partie du domaine foncier, est la première victime des opérations de remblaiement. Les communautés coralliennes récifales, ainsi que les phanérogames marines, sont très sensibles à la réduction de leur niveau d’éclairement ainsi qu’à l’hypersédimentation. Des signes d’altérations dus à ces phénomènes sont partout visibles sur les récifs de la Martinique. Les apports chroniques sont relativement faibles en Martinique. Cependant, lors d’épisodes pluvieux intenses, les crues charrient l’essentiel des apports solides au littoral. Cela se traduit par un envasement progressif des principales baies (baie de Fort-de-France, baie du Marin, baie du Robert, baie du Trésor...).’ (source SDAGE)

Le profil environnemental 2008 fait par la DIREN note « une forte dégradation des paysages sous-marins par envasement, prolifération des algues et régression de l’abondance de la faune et de la flore. »

6.2. Une artificialisation du littoral


« Fondamentalement et naturellement, les populations et les activités se sont localisées sur la fange côtière. Cette très forte emprise côtière a sous-tendu et sous-tend encore des dégradations importantes de celle-ci puisque la forêt littorale originelle tend à disparaître. Des mécanismes d’érosions et d’envasement sont apparus. (…).

Les aménagements réalisés sur le littoral pendant les trois décennies passés ont été nombreux, rarement réalisés de façon concertée et réfléchie. On a souvent agi au cas par cas, par à-coups, par petits bouts, répondant ainsi à la logique de l’instantanéité et pas du tout de façon globale, avec une vision totale du territoire. Cela a conduit a des vrais incidences environnementales de type érosion côtière, déforestation ou encore aberration paysagère. »

Pascal Saffache, docteur en géographie, président de l’Université des Antilles et de la Guyane. La Mouïna n° 6, CAUE, décembre 2009.


« La vision depuis la mer donne un recul par rapport à l’habitat qui est très dense sur la côte et monte très haut dans les collines. C’est dommage qu’il n’y ait pas de maîtrise de l’urbanisme pour préserver les côtes ».

Philippe Volny-Anne, architecte, - La Mouïna n° 5, CAUE juin 2009

Evolution de l’urbanisation du littoral du Lorrain entre 1951 et 2004. Allongement de l’urbanisation littorale, conquête de la pointe Châteaugué.

Evolution de l’urbanisation du littoral du Lorrain entre 1951 et 2004. Allongement de l’urbanisation littorale, conquête de la pointe Châteaugué.

Evolution de l’urbanisation du littoral du Lorrain entre 1951 et 2004. Allongement de l’urbanisation littorale, conquête de la pointe Châteaugué.

Cliquez pour avancer

Le Lorrain vers 1910 et aujourd’hui

Urbanisation de la Pointe Châteaugué à l’horizon.

Cliquez pour avancer

Evolution de l’urbanisation sur la Pointe la Rose (Le Robert/Le François), entre 1951 et 2004.

Le site, vierge encore en 1964, est urbanisé sur les pointes Hyacinthe et du Sable Blanc dans les années 1980, tandis que s’amorce à l’est l’urbanisation de Pointe la Rose.

En 2004, l’urbanisation des pointes s’est intensifiée, tandis qu’un lent mitage des espaces naturels se poursuit.

Cliquez pour avancer

L’artificialisation progressive du trait de côte du Marin, entre 1951 et 2004. En vert le trait de côte naturel ; en rouge le trait de côte artificiel (digues, quais, ports, enrochements, …).

Cliquez pour avancer
Cliquez pour avancer

Le littoral de Sainte-Anne vers 1910 et aujourd’hui : construction de digue et de remblai technique enrochés, réduction de la plage et artificialisation du trait de côte.

Cliquez pour avancer

Le littoral de Schoelcher vers 1910 et aujourd’hui.

Une certaine pérennité apparente vue sous cet angle. Mais la plage est aujourd’hui raccourcie par les aménagements en remblais aménagés au fond.

Cliquez pour avancer

La pointe du Bout, vue aérienne. Copyright photo Luc Schroll.

Pointe Fort, consommée par l’urbanisation. Le Robert.

Une pointe consommée par l’urbanisation, même sur pente raide. Fort-de-France.

Problème de colonisation de l’urbanisation jusqu’à l’extrémité de la pointe. Tartane.

Un réaménagement quelque peu minéral du littoral : digues enrochées, quais, stationnement, pontons. Case Pilote.

Problème de remblai du littoral et de minéralisation excessive des espaces. Sainte-Anne.

Problème de soutènement de béton sur le littoral pour conforter le passage de la route. RD 10 vers l’Anse Belleville, Le Prêcheur.

Des espaces portuaires réaménagés dans des dispositions techniques et fonctionnelles, peu attractifs au final. Grand-Rivière.

Problème de surélévation de digue contre les inondations par des palplanches de métal : des réponses techniques et de génie civil, un bord de mer qui perd de sa qualité. Le Prêcheur.

Un risque d’aggravation de l’érosion du sable à cause des hauts de plage durcis (ici par un muret). Les Trois-Ilets.

Problème de parking occupant le littoral sans partage, Le Marin.

Un cas de littoral urbain à valoriser dans des dispositions moins routières. La Trinité.

Cas de littoral urbain à requalifier : accès et circulations douces au littoral, réduction des emprises routières, organisation d’un stationnement urbain linéaire, plantation d’ombrage, réduction des clôtures privatives … Le Marin.

Un exemple intéressant de promenade plantée en bord de mer, Le Vauclin.

Problème de littoral confisqué par les activités nautiques. Un littoral trop monofonctionnel qui perd de son attractivité. Le Marin.

Problème de littoral confisqué par les activités nautiques. Un littoral trop monofonctionnel qui perd de son attractivité. Le Marin.

6.3. Une ’stérilisation’ des paysages de rivières par les aménagements techniques

« Où sont passées nos rivières ? Je ne prône pas un retour en arrière, mais la préservation intelligente de notre environnement. »

Guy Villeronce, poète – La Mouïna n° 5, CAUE juin 2009.

Les rivières ne sont pas seulement victimes de nombreux problèmes écologiques altérant la qualité de l’eau :

prélèvements intensifs pour l’eau potable, l’usage industriel et l’irrigation agricole et affaiblissement du pouvoir auto-épurateur des cours d’eau ;

pollution terrigène (MES) par l’érosion des terres (déforestation, pratiques agricoles inadaptées, terrassements, extraction de granulats, …) ;

pollution toxique et organique provenant de l’agriculture (intrants, surtout pesticides), de l’habitat et des activités artisanales (assainissement non collectif ne répondant pas au normes), des dépôts sauvages d’ordures et de véhicules hors d’usage ;

pression de pêche (sur les Z’habitants, les titiris, …).

Le paysage   même de l’eau apparaît globalement dégradé, notamment en milieu urbanisé, par des aménagements hydrauliques de protection contre les crues ou l’érosion, uniquement techniques, sans prise en compte du paysage  , ni en termes d’image, ni en termes d’usages.

La rivière Madame au début du XXe siècle : des berges douces pour l’échouage des bateaux, des cocotiers penchés vers l’eau – une appropriation de l’eau, un paysage vivant.

Des usages historiquement intenses autour de l’eau. Ici le bac sur la rivière Levassor et le transport de marchandises, début XXe siècle.

Les rivières : historiquement et culturellement des lieux de jeux, de baignade et de promenades. Ici au Carbet.

Activités au bord de la rivière Madame, début XXe siècle.

Une image dégradée de l’eau en ville : béton, parking et grillage de protection, absence d’ombre et de cheminement d’accompagnement. Marigot.

Une dévalorisation de l’eau en ville, réduite à un émissaire technique. Le Robert, embouchure de la ravine Mausal de Catalogne.

Problème de ’disparition’ de l’eau en milieu habité, réduite à un caniveau bétonné dont on se détourne.

Des abords de rivière qui restent à valoriser, à Rivière-Pilote.

Problème de la dégradation du paysage de l’eau, aménagé dans des dispositions exclusivement techniques (protections anti-crues). Rivière Madame, Fort-de-France.

6.4. Une surfréquentation d’espaces

Les plages :

La fréquentation des plages du sud est excessive et met en cause la pérennité même des milieux d’accueil : problème de tassement de sol et difficulté de régénération de la végétation existante.

La mer :

Le nombre de bateaux de plaisance immatriculés en Martinique a augmenté de l’ordre de 50% en 1995 et 2007, pour atteindre 11 500 unités (source D.R.A.M.). Les trois-quarts sont des bateaux à moteurs, le restant étant constitué de voiliers. Les difficultés portent sur les modes de gestion des lieux de concentration des bateaux : marinas, mouillages : dégradation du milieu marin par l’artificialisation de la côte (ports), la pollution (carénage, peinture anti-fouling, rejet des eaux usées, hydrocarbures) et les mouillages sur herbiers et récifs. Des phénomènes de concentration se lisent en particulier au Marin.

Les fonds sous-marins :

160 000 plongeurs par an. Sept sites de plongée dépassent un ’seuil d’accessibilité écologique’ proposé en 1997 par Hawkins et Roberts pour les récifs des Antilles néerlandaises (de 5 à 6 000 plongées par an). (source : profil environnemental, DIREN 2008).

6.5. Une revalorisation timide des espaces d’accueil du public

Le beau site du Tombeau des Caraïbes, parasité par les carrières de Fond Canonville.

Un stationnement encore très près de la plage, qui nuit à sa qualité paysagère et à sa tranquillité. Anse à Dièque, entre La Trinité et Sainte-Marie.

Cas de bord de mer à revaloriser (recul du stationnement, trop près du trait de côte, création de promenade piétonne continue, plantations d’accompagnement, réduction des surfaces minéralisées, intensification urbaine, …). Sainte-Marie.

Problème de voitures stationnées sur le rivage sableux, trop près de la plage et presque sans ombrage. Anse Mitan.

Un cas d’espace qui mérite d’être revalorisé. Accès à la plage de l’Anse du Diamant.

Un site d’accueil du public en littoral naturel, qui mérite d’être mieux valorisé. Parking de la pointe Faula (Le Vauclin).

Un site d’accueil du public en littoral qui mérite d’être requalifié. Vers Cap Chevalier.

Savoir accueillir au bord de l’eau, en offrant des lieux d’assise et un ombrage. Ici, faute d’aménagement, c’est le dessous du pont qui est investi par la population. Le Lamentin.

Une présence de l’eau qui reste à valoriser. Petit-Bourg.

Problème d’aire de jeux et de sport peu discrète sur le parking d’accueil du village des esclaves. Les Trois-Ilets.

6.6. Une ignorance des points de vue et perspectives

Point de vue peu valorisé par les aménagements, pointe de la Batterie, presqu’île de la Caravelle.

Un environnement peu favorable au point de vue, coincé entre des équipements sportifs grillagés. La Trinité.

6.7. Des mesures de protection et de gestion récentes

Face à la puissance des processus de transformation des paysages Martiniquais, accélérés depuis la départementalisation de 1946, les dispositions de protections d’un territoire au patrimoine naturel et culturel fragile n’apparaissent que récemment. :

  • années 1980 : inscription au titre des sites du littoral de la presqu’île de Sainte-Anne
  • 1996 : classement (loi 1930) des versants nord-ouest de la Montagne Pelée
  • 1998 : classement de la Presqu’île de la Caravelle
  • 2001 : classement des mornes du Diamant et des Anses d’Arlet
  • 2002-2003 : arrêtés de protection de biotope (APB) des îlets du François et du Robert
  • Création de deux réserves naturelles, celle de la Caravelle (387 ha) et celle des îlets de Sainte-Anne (5,8 ha)
    Certains font l’objet de plans de gestion (Caravelle, mornes du Diamant et des Anses d’Arlet), et de chartes paysagères (mornes du Diamant et des Anses d’Arlet).

En complément, d’autres dispositions réglementaires sont inscrites au SAR/SMVM approuvé le 23 décembre 1998, reprenant ou renforçant des outils existants, notamment la Loi Littoral : espaces naturels remarquables du Littoral (L. 146-6), coupures d’urbanisation littorales (L. 146-2).

A ces dispositions réglementaires s’ajoutent ou se superposent des propriétés foncières protectrices, soit héritées anciennement des propriétés de l’Etat, soit acquises plus récemment : propriétés du CELRL progressivement acquises depuis 1982, propriétés du département acquises depuis les années 1980 :

  • Forêts départementalo-domaniales (surtout Montagne Pelée et Pitons du Carbet) : 9 719 ha
  • Forêts domaniales littorales : 1 846 ha
  • Bande des cinquante pas géométriques
  • Forêts départementales : 1 314 ha (forêts humides d’altitude pour la protection de la ressource en eau)
  • Espaces acquis par le Conservatoire du littoral : 1 900 ha
  • Espaces naturels sensibles acquis par le Conseil général : —

(chiffres Profil environnemental DIREN 2008).

Enfin 60 % de l’espace Martiniquais font partie du Parc naturel régional créé en 1978, qui couvre 63 521 ha. Le PNR, s’il ne dispose pas d’un pouvoir réglementaire spécifique, permet toutefois de bénéficier sur un grand territoire d’orientations et de programme d’actions partagés à travers sa Charte, avec des moyens d’animation et de gestion.