2.1 Les Pitons boisés du Carbet et du Morne Jacob

SITUATION CARACTÉRISTIQUES ENJEUX

Au cœur de la moitié nord de l’île, les hauts sommets des Pitons du Carbet, culminant à 1 117 m d’altitude, offrent à voir leurs silhouettes en pains de sucre loin aux alentours. Couverts de forêts hygrophile (et de savane d’altitude au-dessus de 800 m), ils constituent de précieux réservoirs de biodiversité, protégés par le statut domanial ou départemental des terrains. Ils se prolongent au nord-est par le Morne Jacob, également boisé et relié aux pitons par la Trace des Jésuites. Pour les non marcheurs, c’est la route de la Trace (RN3), reliant Fort-de-France au Morne-Rouge, qui permet d’apprécier l’ambiance forestière tropicale des Pitons.

Communes concernées par cette unité de paysage

Le Lorrain
Le Marigot
Gros-Morne
Saint-Joseph
Fort-de-France
Schoelcher
Case-Pilote
Morne vert
Fonds-Saint-Denis
Morne-Rouge


« Ils avaient traversé des eaux si puissantes qu’elles imitaient le verre. Des plantes, dressées dans ces eaux, les reliaient au soleil. Parfois, surpris par une creusée, ils détrilbuchaient en-dessous des grandes feuilles qui nouaient l’odeur cannie des cimetières de sèves. Ils en sortaient par des os de terre qui soulevaient au soleil une végétation rêche. Flottaient sur eux, la chiquetaille des nuages brisés par la montagne ou la pointe des Pitons. »

Patrick Chamoiseau, Texaco, Gallimard 1992
« Les grands arbres posent les points d’ancrage. Ils pointent vers la lumière du ciel, patients, avec des orgueils d’immortels. On les devine amis du soleil, fils de l’eau. Autour d’eux, c’est un bankoulélé des lianes torsadées, des fougères arborescentes, des troncs grêles, des écorces marquetées, des racines échassières immobilisées dans une veille éternelle. Des feuilles. Des feuilles. Un désordre de feuilles jamais identiques. Le tout couvert de mousses, de décompositions noires. Là, nul arbre n’est égoïste. Chacun porte et transporte, sert d’échelle et de terreau à une autre forêt, une solidarité protéiforme nouée impénétrable. Un raz-de-marée, de verts, de lumières et d’ombres, habité de sauvages d’orchidées, des petites coiffes d’ananas-bois, de ces nattes de jeunes filles vierges que font les ailes-à-mouches, des bouquets offerts (don certain des zombis invisibles) par les siguines rouges. Les bois-canons balisent de leurs grandes feuilles l’ombre des bénitiers. Les squelettes du bois-côtelettes comblent les trouées. Les larges oreilles du chou-caraïbe écoutent on ne sait quoi, plus attentives que des maquerelles. Pénétrer là, c’est percer une enveloppe chaude, humide, obscure, odorante de vie pourrie et de vie neuve, de morts anciennes et de morts à venir, de remugle d’éternités. On est englouti dans le glauque d’une dame-jeanne. On semble traverser une communauté d’existences inconnues. Le soleil y parvient comme une lumière arachnéenne, qui tombe en fils, en cordes, lourdes comme les amarres d’un bateau suspendu. Tout ici est de l’eau. Il n’y a pas d’air mais un humide vitré. Pas de végétation mais des geysers saisis au vol par d’inconnus quimbois. On foule une frontière incertaine entre la veille et l’hypnose, entre l’ombre et le clair, entre la mort et la vie. L’humus sous le pied n’offre aucune certitude, rien qu’une dérobade spongieuse, une succion. On est vite trempé, comme si chaque feuille se liquéfiait sur votre peau. Pas un animal. Au loin, la sifflée du serpent. Danger diffus partout. S’immobiliser, c’est tomber dans un silence qui bat comme un tocsin. Accélérer, c’est s’engloutir jusqu’à l’impasse : cela se referme dans votre dos s’ans s’écarter devant. Et le ciel au-dessus est défait en des points d’un bleu fixe… »

Patrick Chamoiseau – Ecrire en pays dominé – Gallimard 1997.

De hauts reliefs en pains de sucre, qui marquent élégamment de leurs silhouettes les grands paysages du nord martiniquais

Les pitons Dumauzé et Lacroix marquent les grands paysages de Fort-de-France. Vue depuis la baie de Fort-de-France.

Les Pitons du Carbet vus du jardin de Balata

Le massif des Pitons du Carbet, vu depuis l’observatoire du Morne des Cadets

Le Morne Jacob dominant la profonde entaille de la Rivière du Lorrain. Vue depuis l’ancienne RD 1 fermée à la circulation.

Les pitons du Carbet vus depuis Fond Marie-Reine (plateau du Morne-Rouge).

De 300 à 1 200m, des paysages étagés de forêt tropicale humide à la biodiversité remarquable

Ruisseau en cascade dans la forêt

Sur les pentes des pitons, à plus de 800 m d’altitude, les espaces se découvrent du fait d’une végétation rase de fourrés semi-arborés ou arbustifs, adaptée au vent puissant et aux pluies abondantes qui balaient ces étendues. Les nuages et les pluies abondantes masquent fréquemment les vues, qui se dégagent généralement en brèves trouées. Piton Boucher.

Epiphytes sur fougères arborescentes, entre 500 et 600 m d’altitude.

La route de la Trace, une route de découverte des Pitons du Carbet

La RD 1 vers Fonds-Saint-Denis est aussi une route de découverte remarquable des pitons

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La biodiversité

identification, préservation, gestion ; maîtrise équilibrée entre protection des espèces et des espaces, accessibilité et information/sensibilisation pour le public.

L’accueil du public :

poursuite des efforts d’aménagement pour la découverte de la montagne et de sa biodiversité, maintien de l’accessibilité à la nature, des traces et des sentiers accessibles aux différents publics

La route de la Trace :

préservation de la qualité paysagère de la forêt, réduction des aménagements à caractère trop routier

La route de la Trace, aménagements routiers qui tendent à « éloigner » quelque peu la route de l’ambiance forestière.

Cas de dispositifs techniques peu discrets sur la RD 1 (route de Fonds-Saint-Denis)

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