Les chemins

1. La représentation des chemins apparaît avec Labat, en 1722, qui utilise une double ligne pointillée, différente du tireté qui symbolise les limites de paroisses. Outre le grand chemin de la côte qui fait presque le tour de l’île, sauf dans le Sud, cette carte rend compte du percement des voies de pénétration dans l’intérieur qui sont aussi un moyen de mettre en communication rapide la Basse Terre et la Capesterre :

Chemin de la Cabesterre entre la Montagne Pelée et le Morne   Calebasse,

chemin du Fort Royal à la baie des Gallions,

chemin du Lamentin au Robert,

chemin de la Rivière Salée au François,

chemin du Marin à la Pointe de Macabou.

De part et d’autres de ces chemins, les premières habitations vont s’établir puis s’étendre vers l’intérieur et le Sud-Est.

  • Tout en représentant avec le plus d’exactitude possible les habitations jusqu’à une certaine distance de la mer, Houel a jugé bon de dessiner par une double ligne le « Chemin du Tour de l’Isle que Monsieur le Marquis de Champigny Gouverneur (…) a fait au mois de Juin 1720 » et par des « lignes ponctuées les Grands chemins de l’Isle ».

Carte routière de la Martinique - ROMAIN 1734<br />
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  • Romain (1734) dessine par une double ligne le chemin de la côte, le « Chemin de la Basse Pointe et de la Cabesterre » entre la Pelée et le Morne   Calebasse, le nouveau chemin des « Pitons de l’Isle » entre Fort-Royal et Saint-Pierre, le chemin de Fort-Royal à la Trinité rejoint par celui du Lamentin à la Trinité, celui du Lamentin au François, du Trou au Chat au François avec une antenne vers ce qui sera le bourg des Coulisses (Le Saint-Esprit), un chemin nouvellement construit sur le pourtour de l’étang des Salines, avec des antennes vers les pointes, et un nouvel autre tout autour de la presqu’île de la Caravelle. Romain nous offre sans doute la plus complète carte routière de la Martinique pour le XVIIIe siècle, avant Moreau du Temple (1770).

CHANVALLON 1758
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3. Ses successeurs, en particulier Bellin (1758), ne feront que la compléter de nouvelles pénétrations, oubliant parfois certaines voies anciennes relevées par Romain (ou signalant leur disparition), notamment le chemin des Pitons et beaucoup de ceux du Sud. Avec Bellin on remarque l’interruption du chemin de la côte entre la batterie de Grand’Rivière et le Prêcheur, ainsi qu’entre le Vauclin et les Salines, cela ne semble pas être un oubli mais traduit l’évolution du réseau à l’approche de la guerre de Sept ans.

  • La carte de Moreau du Temple (1770) restitue le chevelu des routes et des chemins, y compris les sentiers d’habitations, mais de façon synthétique avec de nombreuses autres informations. La lecture de l’ensemble du réseau en est rendue particulièrement difficile.

Carte thématique anonyme : Carte de l’Isle Martinique - 1785
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Un autre document apporte une vue beaucoup plus lisible par sa conception et ses dimensions. La grande carte thématique anonyme intitulée Carte de l’Isle Martinique 1785 expose l’ensemble de l’équipement routier mis en place par l’Ancien régime à la veille de sa disparition en France. L’axe fondamental en est la route côtière qui fait presque le tour de l’île, à l’exception des sections Grand’Rivière-Le Prêcheur Le Lamentin-Ducos, Les Trois-Ilets-Les Anses d’Arlet-Le Diamant et Le Marin-Sainte-Anne-Le Vauclin. La route du tour de l’île ignore donc encore les secteurs montagneux, marécageux, les caps et anses escarpés. Cette route n’a pas pour objet de desservir les habitations – puisqu’elle en ignore ou en coupe certaines -, ni même en priorité les bourgs, mais les forts et les batteries côtières : c’est une route stratégique, pas une route économique, puisque l’économie passe par la mer. Les routes intérieures, nombreuses au sud de Saint-Pierre, inexistantes au Nord, prouvent aussi cette destination du réseau, puisque les mornes du centre sont conçus comme des zones de replis, des réduits militaires.