Le paysage militaire


Les détails militaires de ses cartes nous rappellent la mission de l’ingénieur Blondel : un mur bastionné signale le Fort Ste Marie sur l’île du Fort, actuel îlet Sainte-Marie ; le Fort Beauséjour (l’ancien fort de Visscher certainement en bois) et le nouveau Fort Royal avec le dessin de ses remparts. Après Blondel, la cartographie enregistre systématiquement, mais avec une exactitude et une exhaustivité inégales, les progrès de la mise en défense de l’île, y compris pendant et après la dernière occupation britannique (1805).

De Fer (1704) signale le fort Saint-Pierre, un fort au Carbet ( ?) et le Fort Royal, tandis que Labat (1722) ne signale que les trois forts : Saint-Pierre, Royal et de la Trinité, ce dernier ayant remplacé sur la Pointe Sainte-Catherine celui de l’îlet Sainte-Marie abandonné.

Houel (1729), dessine en plan les forts et décline par deux symboles distincts les « batteries anciennement construites » et les « batteries projettés par monsieur le Marquis de Champigny ». Buache (1732) reprend l’un des symboles de Houel lui adjoignant parfois la mention « Batterie » et signale les forts, en particulier celui de Trinité. Romain (1734) dessine en plan les forts mais ne signale aucune autre fortification.

Avec Bellin (1768) sont répertoriés les emplacements de toutes les batteries de canons et surtout dessinés les chemins qui y mènent. C’est avec lui qu’apparaît le mieux la fonction stratégique du chemin du tour de l’île.

Symbole de souveraineté et d’établissement, la batterie militaire a donné au littoral martiniquais un aspect défensif conséquent, jusqu’au début du XIXe siècle. L’utilisation du milieu naturel et la maîtrise progressive de l’espace, fonction des moyens humains, financiers et techniques, ont peu à peu façonné un paysage   tourné vers l’adversité changeante venue de la mer : corsaires, contrebandiers et envahisseurs ennemis. Au total, 180 sites défensifs ont été reconnus et cartographiés par L. Verrand, nous avons retenu les situations en 1802, 1809 et 1845.