La représentation du volcanisme


Blondel caractérise la Montagne Pelée par son lac de cratère sans plus de souci de représentation exacte.

Romain reproduit de façon picturale l’aiguille, le lac en noir et deux cratères. Bellin ignore complètement la représentation réaliste de la Montagne Pelée et des Pitons et leur donne une figure tout à fait arbitraire. Bellin et tous les cartographes jusqu’à Moreau de Jonnès sont plus ou moins influencés par les théories et les cartes de Buache qu’on attribue souvent, à tort, à Delisle et reprise par Seuter.

A partir d’observations et d’hypothèses éparses, Buache constitua un système géographique cohérent dont l’idée centrale était que la connaissance physique du globe devait commencer par celle des montagnes qui constituaient la charpente de la terre. De la connaissance de l’hydrographie, on devait pouvoir déduire celle de l’orographie. Buache parsème ainsi ses cartes de chaînes fictives déduites de l’allure générale du réseau hydrographique.

En fait, à aucun moment avant Jonnès, la cartographie de la Martinique n’utilise le terme volcan et ne tente d’expliquer le relief par le volcanisme, alors même que les Créoles le font. C’est dans la littérature géographique qu’il faut en chercher l’origine. Dans la première partie de son Voyage à la Martinique (1763), Règne minéral, Des montagnes, de la nature des terres, le créole Thibault de Chanvalon écrit en effet :

« Cette île est extrêmement hachée, entrecoupée partout de collines fort hautes, ou, comme on le dit à l’Amérique, de mornes fort élevés.

Elle n’a que trois montagnes remarquables : tout le reste se désigne par ce nom de mornes.

La première est la montagne Pelée, la plus haute et la plus considérable de toutes. Elle est située vers l’extrémité occidentale de l’Ile ; elle porte tous les caractères d’un ancien volcan ; c’est aussi le sentiment des anciens habitants ».

A la lecture de cette anticipation scientifique, Jonnès réagit violemment :

« De tous les voyageurs qui ont parlé de la Martinique, Chanvalon est celui, dont le talent était le plus étranger à l’art de l’observation et conséquemment le moins susceptible d’acquérir des notions justes sur le volcanisme de cette Ile. Aussi n’a-t-il fait que suivre l’opinion vulgaire, qui n’est peut-être elle-même qu’une tradition caraïbe, en désignant la montagne pelée comme un ancien volcan ; mais par un contraste bizarre, avec la plupart des voyageurs, dont la lunettes agrandit les objets, il a transformé en un ’peloton de monticules faits en pain de sucre’ les pitons volcaniques du Carbet, dont les pyramides de porphyre sont deux fois hautes comme le Vésuve et le mont Heckba ». On lit également dans le rapport Leprieur de 1852 qu’une

« tradition sans fondement historique, il est vrai, puisqu’elle remonte au-delà de l’établissement des Européens dans l’île, mais fortement imprimée dans les esprits, racontait que la Montagne Pelée avait été le siège d’un volcan [1] ».

L’éruption plinienne de la fin du XVIIIe - début du XIVe (vers 1300 de notre ère), bien antérieure à l’arrivée de d’Esnambuc, ne pourrait cependant expliquer le caractère désolé de la montagne et l’origine de l’appellation ’Montagne Pelée’, immédiatement donnée au volcan endormi.

De fait, c’est la passion de Moreau de Jonnès pour la minéralogie et la vulcanologie, mises au service de l’Etat-Major de Villaret-Joyeuse qui cherchait à améliorer les relevés topographiques des cartes militaires, qui est à l’origine de la prise en compte scientifique du volcanisme de la Martinique. Ses Voyages physiques dans les montagnes de la Martinique à la recherché des volcans de l’île communiqués à l’Académie des Sciences en 1816 et 1817, concluent à la nature volcanique de l’ensemble de l’île. Une grande carte géologique et une série de cartes montrant les aires d’action des anciens volcans en sont l’aboutissement ; elles ne seront malheureusement jamais publiées.