La nature et les indigènes : faune et flore caractéristiques


La première représentation picturale d’un paysage   du Nouveau Monde est sans doute celle que nous a laissé le Hollandais Jan Mostaert en 1542, mais elle n’a rien à voir avec la réalité et relève de la pure imagination : ni la flore, ni la faune, ni même les indigènes ne correspondent à ceux de l’Amérique. (MOSTAERT)

Jan Gottfreid, Atlas du nouveau monde, Francfort. Vers 1655
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C’est parmi les gravures, la plupart anonymes, qu’on trouve la première vérité antillaise transcrite par les Européens. Il en va ainsi des gravures, reproduites en 1655 dans l’Atlas du Nouveau Monde de l’Allemand J. Gottfreidt [1], dont l’une décrit avec une grande justesse le paysage   des Antilles et les relations entre Européens et Caraïbes. Son travail réalisé en Europe semble avoir été particulièrement bien informé par des témoins directs

Alain Manneson, Attaque surprise des indiens, vers 1660
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et présente un paysage   plus réaliste qu’une gravure française contemporaine réalisée par Alain Manneson Mallet (1630-1706).

Anonyme, La traite avec les indiens, vers 1715
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La nature et les indigènes sont encore représentées de façon imaginaire et même onirique au début du XVIIIe siècle. Ce sont les relations avec les « bons sauvages » qui sont surtout idéalisées ici.

Arnoldus Montanus (1625 ?-1683), grave pour le De nieuwe en onbekende Weereld,of beschryving van America en ’t zuid-land que J. van Meurs édite à Amsterdam en 1671, une série de planches à vocation naturaliste mettant en scène la flore et la faune caractéristiques du Nouveau Monde, particulièrement des Antilles et du Brésil, bien connus des Hollandais. (MONTANUS)

Arnold Montanus, Flore et faune, dans Tableau de l’Amérique, Amsterdam, 1671.
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Arnold Montanus, Le papayer, dans Tableau de l’Amérique, Amsterdam, 1671.
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La nature américaine tropicale, représentée en Europe à la lecture de Dutertre, Rochefort et d’autres informateurs, n’est pas totalement imaginaire, même au milieu du XVIIe siècle, puisque les noms exacts des plantes et des animaux sont donnés.

Gravure de Papillon pour A. Oexmelin, Histoire des aventuries … de Saint Domingue, 1688
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Montanus est aussi le premier à nous donner une image de l’habitation   primitive, avec ses esclaves et ses productions. Il rend compte du caractère rustique des premières habitations sucreries, nichées dans l’imposante végétation, ainsi que du travail des premiers esclaves, tandis que l’illustrateur d’Oexmelin insiste sur le défrichement pour une habitation   pétunière et sur le travail des Blancs, libres et engagés. Les premières habitations à pétun sont disposées en étages, depuis la mer jusqu’au sommet des montagnes. On remarque la cabane ’fourche en terre’ identique à celle des Caraïbes et la hutte ronde, elle aussi inspirée des Caraïbes. Gravure tirée d’OEXMELIN, Alexandre-Olivier, Histoire des aventuriers qui se sont signalés dans les Indes avec la vie, les mœurs, les coutumes des habitants de Saint-Domingue, Paris, Le Febvre, 1688.

Anonyme hollandais, sucrerie de Perrambouc, 1654.
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Les deux ou trois premières sucreries à moulin hydraulique de Saint-Pierre ressemblaient à celles du Brésil, mais adossées à la Montagne Pelée. Cette gravure anonyme représente une sucrerie de Pernambouc dans le même décor naturel que Saint-Pierre.

La perspective de la carte de Blondel nous montre les premières installations sucrières autour de ce bourg.