Synthèse : force et douceur des paysages Martiniquais


« Avec le colibri comme emblème, la Caraïbe s’invente une forme humaine, et manifeste au grand ciel l’exigence de puissance et de fragilité mêlées de son habeas corpus ».

Daniel Maximin, Les fruits du cyclone : une géopoétique de la Caraïbe, Paris, Editions du Seuil, 2006.

Force et douceur, puissance et fragilité : les paysages de la Martinique à l’image du colibri (dessin B. Folléa)
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En synthèse, les paysages Martiniquais, dans leur foisonnement contrasté, offrent un mélange roboratif de puissance et de douceur. La puissance de la nature s’accompagne par elle-même d’une tempérance qui la rend aimable. Ce sont par exemple : la vigueur des mornes plongeants, adoucie par la sensualité de leurs courbes ; l’inquiétant enchevêtrement de la mangrove, auquel succède la limpidité de la plage offerte au soleil ; le calme étal de la mer caraïbe, dans laquelle plongent les mornes raides ; et le vif de l’océan atlantique, duquel montent de douces plaines agricoles. Mais ce sont aussi et surtout les hommes qui ont su composer avec cette puissance en l’apprivoisant. Et dès lors que cet apprivoisement se fait avec douceur et intelligence, le meilleur du paysage   Martiniquais y est créé. Ce sont alors les fortes pentes sauvages des mornes, apprivoisées par le paysage   domestique des cases et des jardins créoles, qui s’y accrochent ; la puissance de la Pelée, tempérée par les habits de cultures fertiles qui s’étalent comme un manteau à ses pieds ; le soyeux des savanes pâturées ou des champs de canne, qui prennent le relais du rugueux des côtes rocheuses ; la masse sombre de la forêt, qu’allège la moindre fronde délicate de fougère ; la véranda de la maison, qui protège de la nature tout en restant ouverte et en dialogue avec elle.

C’est cette intelligence du rapport de l’homme à la nature, exprimée par la douceur face à la force, qui est créatrice des paysages remarquables de la Martinique, offerts alors comme les fruits délicieux de la fécondation de la nature par la culture.

C’est au regard de ces valeurs que les processus récents et en cours de transformation des paysages vont être analysés dans les pages qui suivent. Ces dynamiques d’évolution vont-elles dans le sens de ces valeurs ? Valorisent-elles le paysage   Martiniquais ? ou le dévalorisent-elles ?