1 - La multiplicité contrastée des paysages


Rivière vive et forêt tropicale humide, Pitons du Carbet
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Littoral désertique de la savane des Pétrifications, presqu’île de Sainte-Anne
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De puissants contrastes aussi dans les paysages urbains. Ici à Fort-de-France.
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La multiplicité des paysages Martiniquais, maintes fois mise en avant dans le présent Atlas, est une première valeur fondamentale pour la Martinique.

Pour ses habitants, elle offre un cadre de vie diversifié et renouvelé. Elle rend l’île plus grande qu’elle n’est en réalité : il s’agit d’une valeur sociale, d’autant plus appréciable que le cadre de vie terrestre des 400 000 Martiniquais est étroitement délimité, étendu sur 1100 km2 seulement, même s’il est par ailleurs dilaté par la mer reliant l’île aux Caraïbes, maillon d’une longue chaîne archipélique.

Pour les visiteurs et voyageurs, cette diversité justifie des séjours prolongés. Il s’agit cette fois d’une valeur économique, particulièrement précieuse à l’heure où la Martinique cherche un nouveau souffle pour le développement de son tourisme, en mariant tourisme balnéaire et tourisme vert.

Cette fausse grandeur, cette « ambiguïté » dont parle Edouard Glissant, est bien sûr le fruit de la nature, par les variations morphologiques, climatiques, géologiques, pédologiques et écobiologiques mises en évidence dans la partie ‘Fondements naturels et humains’ du présent Atlas. Mais elle constitue aussi un héritage historique et culturel, par le brassage des origines des hommes qui peuplent l’île, par leur adaptation fine aux conditions naturelles multiples. Elle se traduit par les variations agricoles, urbaines, architecturales rencontrées, dans l’espace comme dans l’histoire.

La multiplicité paysagère de la Martinique est renforcée par les contrastes qui s’offrent d’une ambiance à l’autre.

En grimpant les Pitons et la Pelée, la savane d’altitude la plus rase, battue par les vents et ouverte aux nuages, succède à la forêt humide la plus exubérante, ombreuse et enveloppante. En descendant, cette même forêt sauvage et mystérieuse laisse place sans coup férir au paysage   familier et domestique des jardins créoles, noyant les cases. Et, dans le temps comme dans l’espace, les douces terres les plus fertiles succèdent aux rudes basaltes les plus stériles.

Dans les bas de Fort-de-France, on passe sans transition du carroyage régulier et plat de l’En-ville   au labyrinthe complexe et pentu des lakous. La case   la plus humble borde le grand ensemble le plus imposant. Et dans les hauteurs, la forêt dense enserre de près la ville dense.

Dans le sud, on passe d’un coup des fonds les plus adoucis aux mornes les plus roides, par des routes et des traces qui ne s’encombrent pas de virages superflus.
Les mornes densément habités composent un monde vertical et foisonnant, qui regarde les plaines cultivées dessinant à l’inverse un monde horizontal et épuré. Les rivières tracent des rubans d’ombre et de fraîcheur de forêt hygrophile, dans le tissu clair et sec des fourrés xérophiles.

A l’est atlantique, la mangrove la plus végétale succède aux falaises les plus minérales ; tandis qu’à l’ouest caraïbe, les sables noirs côtoient les sables blancs.

Au sud-ouest, des mornes plongeants tout habillés de forêts cadrent des plages étales, blanches et nues sous le soleil.

Au sud-est, les zones humides et tremblantes des salines frangent les zones sèches et craquelées des savanes pétrifiées ; d’un côté les lascifs cocotiers penchés sur les plages, de l’autre les raides cactus-cierges dressés sous le soleil.

C’est ce foisonnement contrasté qui fait la valeur première des paysages Martiniquais.

Il appartient à chaque collectivité de reconnaître ses spécificités pour les entretenir, les prolonger et contribuer finalement à la multiplicité fertile de la Martinique dans son ensemble.